Les 14 concepts de la pédagogie Freinet qui forment des êtres penseurs

Dans le cadre de mon défi, je vous présente la pédagogie Freinet enseignée dans les écoles. J’ai relevé 14 concepts grâce au livre La pédagogie Freinet qui est très informatif et permet d’adopter une approche de qualité.

Célestin Freinet (1896-1966) était pédagogue, instituteur et fondateur du mouvement de L’Ecole moderne. Il avait un profond désir de changer l’école. Selon lui, l’école est dénouée de sens, coupée de la réalité, n’apprend pas la vraie vie aux élèves. Il souhaite voir, au sein de l’école, s’élever des valeurs de solidarité, d’entraide et de formation d’êtres penseurs.

La pédagogie Freinet

 

1 – L’élève chercheur

L’élève par tâtonnement expérimental va faire des découvertes. L’enfant apprend en faisant. Il cherche. Il émet des hypothèses. Ses réussites contruisent des connaissances. C’est en souhaitant communiquer qu’il va chercher à écrire et à lire. C’est en voulant résoudre un problème qu’il va chercher une méthode de résolution de problème. Ça donne du sens aux apprentissages. Les enfants aiment chercher. La recherche sollicite la curiosité et vient inscrire durablement les connaissances. Ce concept est la base de la pédagogie Freinet. Tous les apprentissages partent de la curiosité des enfants.

2 – Entraide

Dans les écoles Freinet il n’y a pas de note. Si l’on supprime tout ce qui stimule la compétition, comme les notes, on s’aperçoit que les enfants s’entraident naturellement. En petit groupe, ils vont tâtonner des méthodes de mathématiques ou déchiffrer un texte. Ce n’est pas le plus avancé qui va aider, mais c’est celui à qui sa curiosité a été sollicitée. C’est celui qui n’a pas la réponse qui va venir aider en participant à la recherche de son camarade. Chacun son tour, l’enfant est soit aidant soit aidé. Celui qui est aidé n’est pas celui en difficulté mais celui qui chercher à savoir. La compétition est engendrée par les notes, le classement, les comparaisons, les évaluations ou par l’adulte qui émet des jugements. Tout cela inhibe la coopération.

L’élève n’est pas propriétaire de son travail et va le montrer et en discuter avec n’importe qui. Les élèves parlent peu de leurs résultats mais essentiellement de leurs démarches. Il va observer quelle méthode a été utilisée par son camarade et expliquer pourquoi lui il a fait comme ça.

3 – La vie coopérative

La vie coopérative est la vie dans la classe entre les élèves. Des conseils de classe sont organisés, environ une fois par semaine. Les problèmes y sont abordés afin de les améliorer. Ils apprennent eux-mêmes à réguler les conflits en cherchant des solutions aux problèmes pointés. C’est les élèves qui parlent entre eux. Ils mettent en place des stratégies pour que la communication soit bonne lors des séances de conseil de classe. L’enseignant n’est que le médiateur. Il supervise la séance en n’intervenant le moins possible. Les règles de vie sont modifiées aux besoins. Le but est de rendre les enfants acteurs et responsables de la vie dans la classe. Ce qui est plus efficace que des règles rigides et imposées. Les élèves se sentent pris en compte et leurs besoins collectifs et individuels respectés.

4 – L’autonomie et travail organisé

Plusieurs outils sont proposés pour organiser le travail. Un système de cahiers où l’enfant écrit ses idées de projets dans son cahier de projets (par exemple un exposé sur les indiens d’Amérique), le cahier d’écriture où l’enfant pourra écrire ses textes libres.

La pédagogie Freinet utilise beaucoup les tableaux. Ils permettent à l’enfant de s’y référer facilement et d’obtenir un aperçu rapide et global.

Il y a un tableau des acquisitions personnel à chaque enfant. Il pourra cocher acquis lorsqu’il aura lu son premier texte par exemple. Les apprentissages sont différents de chaque élève, ils sont adaptés et définis en fonction des intérêts de chacun.

Chaque élève a un plan de travail individuel dans lequel il indique les travaux qu’il va faire dans la semaine (fiches autocorrectives, conférences, textes libres, enquêtes, ateliers, …). Un bilan du plan de travail, avec l’enseignant, est régulièrement fait dans la semaine pour voir l’avancement.

Le travail organisé stimule l’autonomie avec l’auto-évaluation. En constatant ce qu’il leur reste à acquérir, ils savent sur quoi ils ont besoin de travailler. A eux de choisir tel ou tel travail en premier. Ça les rend responsables de leurs apprentissages et stimule les avancements.

L’école classique ne permet pas l’autonomie des élèves. En leur demandant d’être passif sur leur chaise à recevoir des informations, c’est l’inverse de l’autonomie. Ils sont bercés par les devoirs à la maison qui dictent leurs apprentissages.  La méthode classique les rend dépendant et étouffe leur désir d’apprendre.

5 – Enseignant = guide

L’enseignant a les mêmes exigences de réussite que l’école classique. C’est la manière d’y réussir qui change. Il n’a pas la place du “maître”, de celui qui détient le savoir. Premièrement, il sait dire “j’ai oublié” ou “je me suis trompé”. Et deuxièmement, c’est lui qui va guider l’enfant. Il va l’amener vers des méthodologies adaptées.

Par exemple un groupe d’élèves sur une équation mathématique, l’enseignant va pointer une des propositions de méthode qui peuvent aboutir à une résolution ou rejeter une méthode si elle ne va pas dans la bonne direction. Il éclaire les élèves en les mettant sur une piste. L’enseignant porte peu d’importance au résultat de l’équation. C’est la méthodologie de résolution qui est importante. L’enseignant va prendre plaisir à chercher avec l’élève et observer ce qu’il a voulu faire. Il n’y a pas de méthode imposée mais une recherche de méthode.

L’enseignant n’apporte pas de réponse toutes faites. Il doit susciter les questions en s’appuyant sur le désir de savoir. Il a une quête obsessionnelle de ce qui peut aider chaque enfant sans se mettre en travers de son cheminement.

On s’aperçoit que, dans les écoles Freinet, les enseignants sont épanouis. Il y a moins de mutation, plus d’implication et ne retournent pas vers des méthodes classiques. Les enseignants ne sont pas tracassés par les “élèves difficiles”. Il n’y a pas cette catégorie là dans les écoles Freinet car c’est une pédagogie qui s’adapte à tous. Par contre, il y aura des élèves qui auront besoin d’un peu plus d’apprentissages personnalisés. C’est le paradoxe de cette pédagogie : c’est une pédagogie collective pour chacun.

6 – Patrimoine de classe

Les élèves, par l’acquisition des connaissances en coopération et par l’entraide, construisent le patrimoine de classe. Chaque classe à son propre patrimoine, sa propre histoire. Une méthode de résolution d’équation ou un texte étudié seront affichés en classe. Les élèves peuvent se référer aux travaux ultérieurs pour avancer sur un nouveau projet individuel ou collectif. Se sont les élèves qui construisent ce patrimoine qui est mis en évidence et médiatisé dans la classe. Ceci est un point important car l’élève apprend lorsqu’il peut se situer dans l’histoire de ses apprentissages. De plus, ça forge l’identité du groupe et de chacun.

7 – L’expression libre et projet pédagogique

La pédagogie Freinet se fonde sur l’expression libre. Les enfants produisent des textes libres, dessins libres, correspondances, imprimerie, création d’un journal. L’expression libre est la permission donnée à l’enfant de faire tout cela. La création est autorisée et valorisée. Célestin Freinet a dit : “Sans créativité, un auteur n’est que producteur.” Les élèves Freinet sont reconnus pour avoir une facilité à l’expression écrite et oral. Lors de ces travaux d’expression libre, les élèves se construisent et s’estiment.

Le projet peut être un exposé, une conférence, un texte, … L’élève apprend au travers tous les rôles auxquelles il peut intégrer : usager, créateur, chercheur, professeur, conférencier, auditeur, discutant, critique, aide, … L’élève, lorsqu’il s’engage dans un projet personnel, est assuré de pouvoir le continuer le lendemain et ce jusqu’à ce qu’il en ait besoin.

L’enfant est en train d’écrire son propre devenir de manière créative et de déployer sa puissance de vie. Le projet a une valeur intégrative. Il fait émerger des sens, de l’intérêt, de la motivation et du pouvoir. En effet, l’enfant ne se cantonne pas à un rôle d’exécutant mais il peut agir sur le monde. Lorsqu’il écrit et qu’il est lu, il a un impact, d’où l’émergence du pouvoir. Le travail alimente les connaissances de l’individu et est libérateur. Le projet pédagogique est émancipateur.

  8 – Liberté individuel

Les élèves ont un sentiment de liberté. Ils sont libres de parler, de se lever, de regarder par la fenêtre. L’enfant n’est pas figé à sa place à emmagasiner le même savoir que ses camarades ou à faire un travail qu’il n’a pas envie de faire. L’élève est respecté et respectueux en retour.

Les élèves qui intègrent les écoles Freinet, après quelques années scolaires classiques, disent être “choqués” de ce climat de liberté, de pouvoir échanger. Mais en réalité ils sont “choqués” par les souvenirs inconscients de leurs années passées. C’est choquant, lorsqu’on connait le fonctionnement des écoles Freinet, de voir des enfants figés à leur place à recevoir passivement des informations pendant une très grande partie de leur journée et de leur enfance. Les élèves accumulent les humiliations publiques et trainent leur mal être. Les élèves en difficultés n’osent pas poser leur “pourquoi” par peur de retarder le groupe. Cela affecte profondément l’enfant en souffrance. Ce qui engendre la compétition, l’agressivité, repli, désir de vengeance…

Les écoles Freinet permettent aux élèves d’être eux-mêmes. Les enfants renaissent au travers cette pédagogie. Celle-ci a aussi un rôle thérapeutique. Lors de leurs travaux d’expression libre, les écrits viennent des enfants, de leur propre créativité et de l’intérieur de leur être. Ils écrivent avant tout ce dont ils ont besoin de communiquer.

Là où l’enfant disait ne pas avoir été traumatisé par l’école classique, grâce aux différents travaux, ce “non” se transformera en “oui”. Il va écrire des textes, des poèmes, faire des dessins. Il va symboliser une parole pour épuiser des troubles encombrants. Petit à petit les enfants vont restaurer leur image. Les enfants sensibles aux injustices vont s’investir dans la coopération et guérir du climat de compétitivité dans lequel ils baignaient.

9 – L’imprimerie

L’imprimerie est le symbole de la pédagogie Freinet. A l’époque, c’était le seul moyen de faire lire les œuvres des élèves. Le travail coopératif en découlait naturellement car il faut être plusieurs pour produire et plusieurs pour imprimer. Les textes à imprimer étaient sélectionnés par les élèves eux-mêmes. Les enfants étaient enthousiastes de faire connaitre leurs pensées. Ils mettaient de l’énergie à soigner leur production, ils faisaient la “toilette de texte”. C’était valorisant pour eux. Freinet disait : “l’enfant coule sa pensée dans le plomb”. Grace à l’imprimerie, Freinet renoue les disciplines entre elles et les savoirs se construisent sur une approche pluridisciplinaire. Elle est à visée éducatrice et émancipatrice.

La photocopie, la machine à écrire, l’apparition des machines électroniques, puis les ordinateurs, les imprimantes se sont vues remplacer l’imprimante. Aujourd’hui, l’informatique, à la façon Freinet, est présente dans les écoles Freinet. Et ce qu’on remarque dans ces écoles, c’est que les élèves sont rarement seuls devant les écrans mais deux, trois ou quatre.

10 – Méthode naturelle de lecture et d’écriture (MNLE)

Ce n’est ni une méthode globale, syllabique, idéo-visuelle ou mixte. C’est une méthode qui émane de l’envie de communiquer. Elle indissocie la lecture de l’écriture. L’enfant doit comprendre que l’écriture permet de communiquer. Le déclenchement de cette méthode est le désir de l’enfant à communiquer.

L’école classique pense que l’enfant doit acquérir les mécanismes de base de lecture et d’écriture. Donc il est condamné à travailler sur des syllabes, des mots, des phrases vides de sens. Ils manipulent des sons qui ne veulent rien dire : “lo, li, lou, la, le, ..” sans chercher la motivation de l’enfant.

Pour apprendre à lire, il faut que le texte, qui est devant eux, ait de la valeur, comme un texte de correspondance d’une autre école. Les élèves vont avoir de l’intérêt à le déchiffrer. Le groupe va coopérer et va par tâtonnement donner du sens au texte. Les enfants les plus avancés vont aider les autres. Ils vont émettre des hypothèses.

Par exemple, ce mot commence comme le premier mot du paragraphe donc ça doit se prononcer pareil. Ils jouent avec la correspondance graphophonologique. L’enseignant observe les représentations mentales. Certains “élèves pensent que l’ordre des lettres n’est pas important “cra” et “car” sont identiques. D’autres ne savent pas encore que les mots conservent une permanence orthographique, “bateau” et “bato”.

Une fois le texte lu, il fera partie du patrimoine de la classe. Les enfants pourront s’y référer pour lire autre chose ou écrire, comme une sorte de lexique. Chaque nouveau texte étudié sera affiché.

Petit à petit, ils vont faire la découverte du code alphabétique. Et ils vont comparer les mots comme “papillon” et “garçon” pour pouvoir déchiffrer l’un ou l’autre. Ils entrent dans un processus de compréhension progressive du système orthographique. L’étape supérieure est l’écriture d’un mot inconnu. Ils vont, par le son, trouver un mot qui commence par le même son, grâce au texte de référence (patrimoine de classe). Puis, l’enfant va détailler les lettres d’un mot en le recopiant. Le mot va entrer dans sa mémoire orthographique. Il va implicitement développer des connaissances de grammaire par ses premières analogies. L’enfant va gagner en autonomie.

L’enfant auteur produit des textes libres qui seront diffusés lors de présentation en classe, par le journal scolaire, par les correspondances. C’est une reconnaissance et une source de motivation pour l’enfant. Les enfants sont fiers de leur travail et de leurs œuvres. C’est parce qu’ils veulent communiquer que la lecture et l’écriture s’installent naturellement.

11 – L’enseignement de l’histoire-géographie

Dans les écoles Freinet, il n’y a pas de devoirs. L’enseignant demande généralement aux parents de faire des sorties en familles. Les élèves doivent apprendre à regarder ce qui les entoure avec un regard géographique et historique, non touristique. En classe, une secrétaire est désignée pour prendre note de la séance. Les élèves racontent, en début de séance, ce qu’ils ont fait et vu, la visite d’un site archéologique, d’un château. La visite d’une église va permettre de discuter des religions ou des différentes architectures.

Les élèves s’engagent sur des travaux. Ils choisissent le sujet. Par exemple : Recueil de témoignages sur la seconde guerre mondiale ou la difficulté de vivre sur une île. L’aboutissement des travaux est la présentation à la classe.

Un classeur est dédié à l’histoire et la géographie. Il comprend le “journal de cours” édité par la secrétaire désignée. La partie histoire comprend les travaux présentés par les élèves. Ils sont rangés chronologiquement afin de se repérer dans le temps. La géographie est rangée par thème et est soutenue par des cartes. Il y a une partie éducation civique. Le classeur permet d’organiser leurs connaissances dans le temps et dans l’espace.

12 – La sécurité

L’enfant apprend parce qu’il se sent en sécurité. La vie actuelle est porteuse de stress. Il faut permettre à l’élève de pouvoir se décharger des préoccupations extérieures. Pour cela, il a besoin d’un univers scolaire sécurisant, en excluant toute violence et garantissant ses libertés. L’entraide et le droit à l’erreur sécurisent ses apprentissages. C’est en le soutenant dans ses prises d’initiative et dans ses recherches qu’il va prendre des risques et s’engager dans la création de projet.

13 – Personnalisation des apprentissages

Les apprentissages sont individualisés. Les enfants en difficultés reçoivent plus d’apprentissages individualisés sous forme d’encadrement resserré. Les élèves capables d’aller loin seuls ne reçoivent que rarement de travail individualisé. Pour eux, ce sera plutôt du travail autonome avec possibilité d’autocorrection.

La personnalisation des apprentissages c’est prendre en compte les caractéristiques de chacun. C’est trouver un équilibre pour ne pas dépersonnaliser le travail collectif et ne pas isoler l’élève sur du travail individuel

C’est considérer l’élève en tant que personne en personnalisant ses apprentissages.

14 – Développement holistique de l’homme

Freinet souhaitait construire une société nouvelle en formant des futurs citoyens à l’esprit critique, capable de lutter contre toutes formes d’asservissement. L’enfant construit sa pensée. C’est un adulte en devenir. L’école doit être un lieu d’émancipation. L’enfant doit élaborer un esprit critique pour choisir et pousser ses analyses. Il est aussi un citoyen en devenir et l’école doit lui permettre d’exercer son droit démocratique en participant, lui et sa famille, aux décisions touchant la classe.

Conclusion

Ces écoles Freinet ont pu mettre en évidence des bénéfices sur les enfants, comme la facilité à l’oral, un imaginaire développé, des méthodes de recherche de qualité, des relations sociales saines, une meilleure intégration des règles et des valeurs, des prises de risque adaptées, le travail en autonomie, …

Lorsque les élèves intègrent le collège classique par la suite, s’il n’y a pas de collège Freinet dans les environs, tout se passe de manières adaptées. Les élèves ne présentent pas de difficulté apparente, hormis leur déception face au manque de liberté d’expression que présentent les collèges classiques.

N’hésitez pas à vous procurer le livre pour en savoir plus sur cette pédagogie. Il y a tout une partie que je n’ai pas traitée sur l’organisation des réseaux Freinet en France et la formation des enseignants.

J’espère que mon article va permettre d’inspirer des parents et des professionnels dans leurs pratiques car c’est une pédagogie aux ressources fabuleuses.

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •  
    86
    Partages
  • 86
  •  
  •  
  •  

Une réflexion sur “Les 14 concepts de la pédagogie Freinet qui forment des êtres penseurs

  1. Je ne connaissais pas vraiment la pédagogie freinet, et franchement ça me plait beaucoup.
    Merci de m’avoir permis de comprendre un peu mieux de quoi il s’agit.

    Mélody

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *