10 concepts du jeu de peindre d’Arno Stern

La Formulation du jeu de peindre est une science nouvellement découverte. Elle met en évidence des manifestations humaines. Arno Stern a constaté, lors de ses recherches qui ont durées toute sa carrière, que les tracés reproduits par le biais de la peinture n’a rien de hasard. Ce qui ressort lors du jeu à peindre c’est ce qui a été enregistré dans notre mémoire organique. Cela se produit avec un peu d’entrainement pour les adultes, lorsqu’on retrouve notre spontanéité naturelle et que nous avons quitté notre intention de créer une œuvre d’art. Cette trace a été observée et découverte par Arno Stern lorsqu’il a parcouru le monde entier à la recherche d’enfants de différentes cultures. Il a trouvé un phénomène extraordinaire. Cette manifestation, il a pu l’observer même chez les enfants de civilisations les plus reculées et qui n’avaient jamais tenue de stylos dans leur main. Ce phénomène est commun à tous les enfants du monde et même chez certains adultes qui arrivent à se reconnecter à sa spontanéité. Cette révélation enterre le mythe des dessins enfantins pour mettre en évidence la Formulation, le caractère de la trace.

Je me suis inspirée du livre d’Arno Stern pour vous écrire cet article.

1 – La mémoire organique

La mémoire organique concerne ce qui n’est plus accessible dans nos souvenirs (dans notre conscience). Pensez-vous que toutes les sensations que nous avons ressenti lors de la création de notre organisme, le développement intra-utérine et la naissance se sont volatilisées sans laisser de traces en nous ? Il y a eu un commencement à notre existence, il y a eu des sensations embryonnaires et cette mémoire s’est imprimée génétiquement en nous. Comme tout être humain qui a besoin d’exprimer ce qu’il ressent, l’embryon, le fœtus et le nourrisson ont épargnés cette mémoire pour le moment où ils pourront l’exprimer. C’est ce qu’il se passe avec la Formulation.

2 – La formulation

La Formulation est une manifestation qui est en chacun de nous. Elle n’est pas réservée à l’enfance. Malheureusement les apprentissages que nous faisons entravent cette manifestation qui a besoin de spontanéité. Avec de l’entrainement, on est tous capable de se reconnecter à cette faculté inné. Si vous souhaitez faire l’expérience incomparable de la formulation, il est nécessaire d’être dans le Closlieu afin d’être à l’abris de toutes perturbations extérieures qui pourraient l’entraver. La Formulation naît très tôt. Elle évolue selon un parcours programmé et ne tarit jamais. C’est l’expression de tout ce que l’on n’a pas pu exprimer lorsque nous n’en étions pas encore capable. La formulation n’a aucun caractère thérapeutique. Néanmoins, il en résulte une affirmation de soi, l’épanouissement engendré fortifie la personnalité. Peindre offre une prise de conscience de capacités insoupçonnées, transforme la personne, qui acquière ainsi une autonomie croissante.

3 – Différence entre art de peindre et jeu de peindre

La Formulation se différencie des créateurs qui sont dans la communication avec leurs œuvres. Très souvent les artistes peintres sont connectés à cette formulation et c’est pour cela que leur tableaux ont de gros traits de ressemblances les uns aux autres. Ils sont guidés par une force intérieur qui se répète sans cesse et ils y éprouvent un grand plaisir. Leurs œuvres ne plaisent pas, ils sont souvent isolés mais continuent à peindre avec tout le bien-être que cela procure de se laisser guider par la trace. Ces œuvres ne seront jamais connus car trop abstraites ou trop personnelles, ou vont devenirs des œuvres d’art reconnus bien après leur mort, ou alors ils doivent trouver une manière de mettre en relation ces œuvres personnelles avec un publique. Ils doivent jouer sur cette relation mais à aucun moment ils n’auront l’intention de communiquer ou de toucher le publique par l’œuvre créée s’ils souhaitent rester dans la Formulation. C’est pour cela que la formulation est distinct de l’art. La Formulation permet de mettre en évidence un réel savoir-faire.

4 – Le Closlieu

Le Closlieu est un espace fermé et protégé. Il y règne un climat de quiétude, sans sollicitation extérieur. Dix à quinze personnes de tout âge peignent ensemble. Chaque personne se met en mouvement entre sa feuille et la table-palette créant dans le Closlieu une fluidité dans cette espace, chacun prenant plaisir pour soi.

5 – Le revêtement mural

Les murs sont prévus pour recevoir les feuilles fixées par des punaises. Afin que les punaises puissent pénétrer facilement, même par des enfants, le revêtement doit être en fibres de bois. Il doit couvrir entièrement les murs de toute sa hauteur. Lors du jeu les peintures peuvent s’étendre, en rajoutant des feuilles accolées, jusqu’au plafond où on utilisera une échelle pour peindre et jusqu’au sol, où l’on peindra allongé sur un coussin. Du papier Kraft recouvrera la fibre de bois, car il a la propriété d’être absorbant. Les traces qui dépassera des feuilles ou les coulures accidentelles seront absorbées par le papier Kraft et seront quasi immédiatement sèches. Ce revêtement peut tenir plus de vingt ans sans être changé. Les couches de traces vont venir se superposées et s’entremêlées. Toutes ces traces sont les innombrables débordements involontaires qui créent un fin tissage de verticales et horizontales. Toutes ces couleurs qui habillent les murs offrent une ambiance incomparable.

6 – La Table-Palette

La Table-Palette est centrale dans l’espace du Closlieu. La plupart du temps, sans explication, les enfants savent l’utiliser. Elle parle d’elle-même. C’est l’endroit où l’on se croise. C’est le pôle collectif du jeu avant de retourner dans son coin personnel, créant un équilibre dans l’espace. C’est le partage d’un moment personnel. Pour l’avoir testé avec mes enfants, c’est une sensation très agréable entre cet instant pour soi et le partage avec les personnes que l’on aime.

Contrairement à la liberté qu’offre le Closlieu, la table-palette demande une certaine rigueur. Il y a trois pinceaux pour chaque couleur. Il faut tremper la pointe du pinceau dans la couleur puis la reposer un bon endroit lorsqu’on a finit. Si le pinceau a eu, malencontreusement, une autre couleur sur sa pointe, on le met immédiatement à laver.

7 – Le Servant

Le servant, responsable de l’atelier, veille à la bonne utilisation du pinceau. Il rappelle les règles lorsqu’il y a besoin. Il fixe les feuilles avec les punaises selon le souhait de chaque participant. Il vérifie qu’il y ait de la peinture dans chaque pot. Il lave les pinceaux s’il y a besoin. Il apporte une nouvelle feuille lorsqu’une personne le demande. Il supervise le bon fonctionnement du jeu à peindre. Le servants est relié à chaque personne car chaque personne ont des besoins différents. Le servant apprend les habitudes de tous. Il occupe une place centrale dans le jeu de peindre apportant chaleur et rigueur.

Le servant se doit d’adopter une attitude éthique. il est sans jugement. Les peintures ne quittent jamais le Closlieu afin qu’ils ne subissent pas les jugements extérieurs. On peint pour soi, pour le plaisir et non pas pour faire de l’art.

8 – Les figures primaires

Les figures primaires sont au nombres de 72. L’enfant va explorer une à une les 72 figures. Ce que l’on prend pour des graffitis ou dessins d’enfants sont en réalité une étape obligatoire répondant à un besoin intérieur. L’adulte demande tout le temps à l’enfant ce qu’il a représenté alors que ce n’est rien d’autre que l’exploration de figures primaires qui s’impose à lui. De cette manière, l’adulte, en disant : “Dessines-moi un soleil” ou “Oh c’est joli”, le façonne et l’éloigne de sa spontanéité naturelle auquel il était ancré.

Par exemple, la goutte d’eau évolue, selon un programme établi, à côté de l’évolution de la Figure Ronde. En devenant anguleuse, et à travers des étapes successives, elle deviendra un Triangle.

Soumis à une force strictement intérieure, l’enfant va jouer avec les figures primaires en les assemblant de différentes manière. En grandissant, il va se tourner vers l’extérieur afin de trouver des modèles inspirant. Il va représenter des maisons avec cheminée, un chemin devant la porte et des fenêtres à barreaux, des palmiers, des arbres, des fleures, des oiseaux en forment de V, des soleils dans les coins de feuilles etc.. Dans tout ces dessins, on retrouve les figures primaires. Ce sont toutes des étapes nécessaires à son développement. Ces dessins ont été observés dans des peuples les plus retirés de la civilisation par des enfants qui n’avaient jamais tenus de crayons dans leurs mains. La connaissance de ces phénomènes et mécanismes permet un regard sans jugement sur la trace, ce qui entraine l’acceptation. L’étonnement et la curiosité viennent des personnes qui émettent une intention de perfectionner, de provoquer ou d’accélérer la trace. C’est bien dommage.

9 – Le code universel

La formulation est un code cohérent, autonome et universel. Mais il n’est pas le fruit de l’imagination ou de créativité. Elle obéit à des lois qui lui sont propres. Lors de son étude, Arno Stern a affirmé l’universalité de la Formulation. Pour cette étude, il a voyagé dans le monde. Que ce soit en Ethiopie, en Afghanistan, au Guatemala, au Niger, en Mauritanie, au Pérou, en Nouvelle-Guinée, au Mexique et à Paris, il a observé la Formulation. Il n’a pas oublié les pays les plus reculés afin d’observer l’essence de la Formulation. Par faute de moyen, certains enfants n’ont pu jouer avec les Figures Primaires durant leur enfance. Lorsqu’ils ont eu la Table-Palette a disposition, Arno Stern a pu observer la naissance de la Formulation et son évolution de manière accélérée. C’étaient des enfants plus âgés. Ils devaient rattraper le temps où ils n’ont pas tracé. Les enfants ont, à chaque fois, acceptés de tracer sans aucune explication préalable. Ils ont su immédiatement prendre les pinceaux, tremper dans les peintures et appliquer sur des feuilles. Aucun enfant ou adulte a demandé à quelqu’un comment était son dessin. Personne n’a commenté le dessin des autres. Personne n’a demandé de garder son tableau. Ils étaient infatigables, sans les encourager, ils peignaient encore et encore.

10 – L’écriture

De même que pour la formulation, les lettres d l’alphabet ne devraient pas être imposées dans un ordre conventionnel. Les figures primaires s’offrent à l’enfant et il devrait être de même pour les lettres. L’enfant peut être attiré par le O en premier puis le I et ensuite il pourra les comparer et observer leurs différences. Le F est une variante du E. L’enfant joue avec ces lettres. Lors des séances les enfants remplissent des feuilles entières de lettres de l’alphabet mêlées à des figures primaires.

Conclusion

La mémoire qui alimente la Formulation est un réservoir inépuisable, pour un jeu sans délai. Le jeu de peindre va se répandre dans tout le pays et devenir une habitude généralisée. L’art appartient aux artistes, la Formulation appartient à tous les autres. Le jeu de peindre rompt avec l’habitude de créer des œuvres. La personne doit se libérer de l’emprise de vouloir communiquer. Son seul but est le plaisir de la personne. Le contenu de la mémoire organique est un vrai trésor caché. Ce sont les archives de la personne du commencement de sa vie qu’il n’a pas accès dans ses souvenirs. N’hésitez pas à goûter au bonheur incommensurable du jeu à peindre.

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